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GRR 2009 ou Grand Retour à la Réalité !

Article écrit par runraid le 13 nov 2009 dans la catégorie : Diagonale des Fous, récit   -  

GRR 2009 : Grand Raid de la Réunion ou Grand Retour à la Réalité !

Récit du Béarnais Nicolas DARMAILLACQ

Si je commençais par la fin, le Tee-shirt Finisher ”J’ai survécu”, avec cette petite phrase très simple comportant un sujet et un verbe, résume parfaitement mon périple lors de cette traversée de l’île 2009 !! Mais contrairement à cette petite phrase symbolique, ce ne fût pas simple du tout …

Il me faut donc avant tout tous vous remercier, pour avoir suivi et vécu cette course à travers mon périple, qui doit son aboutissement en très grande partie à votre soutien permanent !! Encouragements, mails, SMS, téléphone, messages sur la radio en direct, commentaires sur les blogs, … c’est trop pour un petit Lémurien !!… mais çà m’a quand même beaucoup servi pour avancer … donc merci à tous !!!

Introduction
AVANT DE DESCENDRE DE MON NUAGE
Le GRR est ma dernière épreuve d’une grosse saison ; e pense avoir franchi encore un cap dans ma progression, avec toujours autant de plaisir à disputer ces épreuves aux 4 coins de la France … avec au passage 2 victoires partagées sur mes 2 derniers ultras, au Grand Raid du Mercantour et au Grand Raid des Pyrénées.
Le GRR se présenterait-il comme l’apothéose de cette saison ? Avec en plus une 4ème place obtenue en 2008, comment ne pas venir avec un peu plus d’ambition ? … forcément, je sens que l’on m’attend au tournant ! Mais ce n’est pas pour autant que je change d’état d’esprit ! Le stress ne m’a jamais envahi depuis que je fais de la compétition, donc ce n’est pas maintenant, alors que tout ceci reste une passion (avec une approche de plus en plus professionnelle certes, mais pour servir cette passion !), que cela va être le cas ! Finalement, j’aborde ce GRR comme tous mes ultras précédents, sous les lignes directrices du Team Asics, avec Engagement et Humilité !!
La préparation a été quelque peu chaotique, alternant phases de fatigue et de bonnes sensations, mais au final, cet Euskal Runner Camp avec mes amis a été un excellent moment de partage, d’entraînement et de ressource morale ! La semaine qui suit a été de tout repos … tous les entraînements endurés semblent assimilés, les sensations sont excellentes … les voyants sont au vert avant de prendre l’avion.
Une fois sur place, je retrouve les Euskal Runners avec qui nous avons formés une équipe ; petite reco avec Seb au dessus de Dos d’Ane et de Mafate pour se mettre dans l’ambiance, une descente tous ensemble du Colorado histoire de se dire qu’on va fouler ces sentiers dans quelques jours au bout de l’aventure, les soins du bof, kiné à la Run depuis 2 ans, les topos d’Erik pour la traversée de Mafate, … les voyants sont au vert !

Est-ce que cela s’est trop bien passé justement ? Ne faut-il pas au départ de ces ultras, un élément ”freinateur”, du style un petit bobo (qui en fait n’est rien du tout), ou se dire que le parcours n’est pas fait pour soi, ou dire que l’on vient pour se préparer ou sans aucun objectif … bref, des éléments permettant d’évacuer toute pression et peut être aussi histoire d’avoir au préalable un ”justificatif d’abandon” … au cas où ???

En tout cas, au départ, il n’en est rien : j’assume (ou je me voile la réalité d’une fatigue naissante??) le fait d’être en pleine forme et pouvoir viser ”un truc” sur cette traversée avec laquelle j’ai hâte d’en découdre … un manque d’humilité ??

Partie 1

Grand Raid de la Réunion

Des Petits détails qui vont peut être avoir des incidences …

Il tombe des cordes sur le Cap Méchant ; il est 23h, toutes les voitures sont immobilisées à plusieurs kilomètres du départ, c’est le bordel !! La circulation est bloquée, tout le monde a préféré arriver au dernier moment pour ne pas se tremper … de ce fait, à 23h25, nous décidons de rejoindre le départ … en courant !

Nous ferons ainsi un ”bon kilo”, comme tous les coureurs présents dans ces bouchons. Un passage rapide à l’arrière du stade pour les formalités de contrôle et de pointage, et nous voilà à gravir les fameux escaliers qui nous montent au stade … l’antre des fous !! On se faufile à l’avant de peloton … et nous sommes finalement appelés avec les ”guest stars” en première ligne ; un petit coup de pouce non négligeable, car le départ du GRR, c’est déjà un truc de fous !! Je suis en short-débardeur … il ne fait vraiment pas froid, mais il pleut des trombes … déjà une petite erreur ?

Minuit : le départ est donné !!! … comme des fous … pour les 2600 présents !

Comme prévu, je pars plutôt rapidement sur la partie bitumée, pour ”être dans la course” dès le départ, et pour mieux relâcher ensuite. Je fais un bout de route avec Erik, puis je le laisse filer sur la piste forestière qui nous monte pendant plus d’une heure au premier ravito. C’est un déluge qui s’abat sur nous, la piste se transforme par endroit en rivière, l’eau monte aux chevilles ! Je me retrouve un moment aux côtés de François d’Haène ; malheureusement, nous n’aurons pas le temps de faire connaissance, je dois m’arrêter pour des soucis digestifs une première fois…

Mare Longue : fin de la partie monotone, et attaque de la montée au Volcan ”pour de vrai” ! Un terrain comme je les aime, pentu, technique … je m’en donne à cœur joie !

Trop ? … les sensations sont très bonnes, je surveille le cardio, … malgré une nouvelle pause (presque sur le chemin ! désolé, sur cette section y a pas de bas côtés…), je remonte les coureurs un à un, sans me forcer plus que çà … et je retrouve Erik, en pleine forme. Je poursuis à ma main… et me retrouve avec Julien Chorier. Le temps est désormais clément (trop bizarre la météo à la Réunion !). Nous discutons un petit moment. Je suis bien. La montée se passe très bien … çà y est, le Grand Raid est lancé ! Nous distinguons quelques frontales devant de temps à autres, mais difficile de savoir combien … mais peu importe, il ne faut surtout pas se soucier de cela à ce moment là. Nous relançons bien pour rejoindre Foc Foc, où nous passons sans nous arrêter. Le ravito du Volcan n’est qu’à 40-45′ désormais. Cette partie, toujours de nuit, est roulante, malgré un terrain qui nécessite toujours la plus grande vigilance. Alors que nous arrivons sur le ravitaillement, je dois laisser filer Julien … pour un nouvel arrêt ! Là, je commence à m’inquiéter d’une éventuelle déshydratation ; l’arrêt au Volcan sera un peu prolongé, pour un changement de maillot et repartir au sec et ”charger” en coca, pour voir si je parviens à couper cette diarrhée … L’assistance est là, à fond dedans, çà fait chaud au cœur !

Au pointage, en 3h50 (10′ de moins qu’en 2008…), je dois être 7ème ! Je change aussi ma frontale, pour une question logistique ; je troque la surpuissante PETZL ULTRA BELT contre la TIKKA + … le contraste est impressionnant ! J’ai l’impression de plus rien voir ! Je me dis juste que le temps que le jour se lève (environ 1h30), je serai forcé ainsi de lever le pied et cela ne sera que mieux pour récupérer … comme prévu. Sauf que ce qui n’était pas prévu, c’était que je me perde !!Tellement concentré sur mes pieds que je rate l’embranchement vers la Plaine des Sables pour filer vers la forêt de Belouve !!! Heureusement, j’avais ”mémorisé” le tracé sur la carte et je savais qu’il fallait partir sur la gauche après le Volcan … donc je fais demi-tour … difficile de savoir combien de temps s’est écoulé … entre 3 et 5′ peut être … et peut être un peu d’adrénaline !! Je calme le jeu sur la Plaine des Sables, profitant vite fait d’un beau cial étoilé et me voilà dans la montée vers l’Oratoire. Dans un lacet, un coureur derrière moi coupe droit et se retrouve devant ! je m’empresse de lui faire remarquer gentiment que ”c’est pas bien”, et lui de me demander ”il est pas par là le chemin ?” … et dans le virage suivant, le voilà qui recommence ! Sans commentaires. Je ne veux surtout pas faire de généralités, je sais quel est ce coureur. Passons. Quelques hectomètres plus loin, je suis dans sa foulée, direction Piton Textor. Sur un mauvais appui, le voilà qui trébuche et qui s’affale de tout son corps en avant, sur ces pierres rugueuses. Je fais de suite abstraction de ce que j’ai vu dans la montée précédente, je m’arrête et m’empresse de lui demander comment ça va … aucune réponse !! Là c’est trop, je file … ce genre d’état d’esprit reste pour moi incompréhensible …

Piton Textor ; arrêt éclair auprès de ma super assistance et je file vers Mare à Boue. C’est précisément sur cette section que je décide de lever le pied et de me préserver pour la montée vers le Piton des Neiges, à l’inverse de 2008. Lever du jour.

La descente en pente douce se déroule très bien, et me voilà sur la route bitumée pour rejoindre Mare a Boue. R. Esparron et Didier Mussard sont juste devant, et un certain R. Techer me double juste avant le ravito … tout est comme prévu, malgré une avance sur les temps de passage. De nouveau, avec mon assistance, je prends 5′ de pause, je me ravitaille correctement, le Bof me fais un petit massage, ma femme quelques encouragements qui font du bien … je suis prêt à affronter le Coteau de Kervéguen, où ma course de 2008 avait failli basculer … et du coup, j’étais peut être trop ”motivé” pour cette section, où j’ai peut être laissé des plumes pour la suite ?? Pourtant, tout se passe bien, je contrôle toujours mon cardio au cas où de temps en temps … et me voilà en train de remonter petit à petit : C. Parny … puis R. Esparron avec qui on échange 2-3 mots sympas, D. Mussard, accompagné et visiblement plus dedans, … puis N. Mermoud … vais-je trop vite ? J’ai vraiment pas l’impression, je me freine même parfois et m’oblige à marcher et profite, comme l’an passé, de panoramas extraordinaires sur le Cirque de Cilaos au petit matin …

Sur les dernières pentes, je reviens même sur Erik ! toujours en pleine forme, il semble très bien gérer sa course ; je me dis alors que l’on va faire un bon bout de route ensemble, c’est cool. Je me place devant lui, et gère ainsi la fin de l’ascension jusqu’au gîte du Piton des Neiges.

Nous sommes 4ème et 5ème !! Tout fonctionne comme sur des roulettes. Si cela dure … un grand truc est faisable … mais avec des si …

Avant la bascule sur Cilaos, je dis à Erik de filer, car je le sais très à l’aise en descente et je souhaite encore une fois rester ”en dedans” pour aborder le Taibit dans les meilleures conditions. Finalement, nous descendrons à la même vitesse … revenant même sur Julien Chorier au niveau du Bloc à 3km de Cilaos. Nous finissons ensemble sur la route. Julien et Erik semblent très bien. Malgré mes bonnes sensations depuis le départ, je sens que ce n’est plus comme prévu tout à fait … la descente ne m’a pas reposé bizarrement … y a un truc qui cloche, mais même à ce jour, je ne saurai vraiment en trouver la raison …surement un cumul de petits détails … qui font toute la différence !!!!!!!

9h00 du matin, arrivée à Cilaos. Un petit ¼ d’heure d’avance sur mes prévisions. Julien file, alors qu’avec Erik, nous savourons le confort mis en place par nos assistants ; le top du top.

Une pause pour se changer, se ravitailler, … histoire de partir pour … la vraie course, celle pour entrer et sortir de Mafate ! Pour ma pomme, ca va vraiment être … une autre course !!!

Quels détails ont alors pu jouer sur la suite ??

- un départ trop rapide de manière générale ? 15′ d’avance à Cilaos … Erik et Julien Chorier prouveront le contraire … mais Antoine Guillon, passé à 9h40 permet de se poser la question …

- une diarrhée peut-elle avoir des conséquences au bout de plusieurs heures ? Le fait d’être plus affûté que jamais au départ ne m’a-t-il pas rendu plus vulnérable? … Pourtant, j’ai redoublé de vigilance sur mon alimentation et mon hydratation …

- n’ai-je pas couru pas à-coups, avec une mauvaise gestion des moments ”d’euphorie” qu’il faut savoir contrôler sur des ultras, comme sur les montées au Volcan et Kervéguen ?

Des interrogations auxquelles je n’ai pas forcément encore les réponses à ce jour ! Mais c’est comme çà qu’on s’enrichit à chaque course, qui est en somme une aventure et une expérience supplémentaire, dont je tire des enseignements pour les prochaines !



Partie 2 : Grand Retour à la Réalité

Duel entre le Corps et le Mental : qui est-ce qui commande ici ?

Cilaos – La Redoute

9h10. Nous voilà repartis avec Erik de Cilaos. Julien s’est à peine arrêté, comme il nous l’avait dit. Nous sommes donc 4 et 5ème, et toujours en avance sur les bases de 23h. La course ne fait malheureusement que commencer, à l’approche du Cirque de Mafate …

Mes assistants ont été extraordinaires, massage, alimentation, encouragements … mais je sens bien que quelque chose a basculé depuis le Gîte du Piton des Neiges …

Je dis a Erik que la fin de la descente vers Bras Rouge sera pour moi en récup, pour voir si j’arrive à assimiler ce que l’on vient d’ingurgiter au ravito. Cela lui convient. Nous partons donc tous les deux ; ce passage ensemble sera le vrai seul moment de plaisir sur ce GRR … mais je ne le sais pas encore …

Sur une petite remontée sur le bitume, je rencontre Serge et sa copine, des ”locaux” rencontrés au cabinet du bof ! ; on fait une petite photo. Merci pour vos encouragements !! Puis on descend avec Erik. Nous voilà vite en bas … après 1700m de d- …

mais surtout au pied du Taibit, ce redoutable col où de nombreux raideurs ont déjà eu et sûrement auront encore de grosses difficultés ! Des pentes raides, 1400m de d+ environ, et une grosse exposition au soleil … cette année, c’est au tour du Lémurien de faire chauffer le moteur !!!

GRR 2009 : Amorce taibit

Je vais laisser Erik faire le tempo, mais très vite, il me faut me résoudre à l’évidence, les sensations évoquées juste avant sont tout à fait justifiées, … mes forces se diluent petit à petit … impossible de réagir … çà pousse plus !!! Je dis adieu à Erik, lui souhaite bonne route, en osant lui donner quelques derniers conseils pour la suite (mais le bougre connaît bien le terrain !) … il est 10heures … le GRR version Grand Retour à la Réalité démarre pour moi …

Les encouragements de nos assistants depuis le haut de la route que nous croiserons n’y font rien sur mon physique. Mon mental me dit bien que rien n’est fait, que cette phase est passagère comme j’en ai déjà connu … mais mon corps ne l’entends pas ainsi ! Rien à faire, je me traîne … et les petites descentes qui ne font que rallonger la montée attaquent petit à petit mon mental avant le ravito. ”Reprends toi !!” … je décide alors de marquer le coup à ce poste de ravitaillement, avec une grosse pause de 20′. Le temps perdu ici ne sera qu’un gain pour plus tard me dis-je. Finalement, je suis en avance sur mes prévisions, pourquoi se presser ! Lorsque j’arrive, Erik est reparti. Ses assistants et les miens sont là pour me soutenir ! Je me pose (lamentablement) sur la chaise, … je plane … je me ravitaille, mon bof me gueule dessus … les gens autour semblent beaucoup plus dubitatifs que lui … je mange, je bois … je plane … les minutes défilent … et mon état (physique ou psychologique ?) s’empire ! L’erreur que je fais à ce moment est de ne pas dormir de suite, dès que la fatigue est installée. … les encouragements de ma femme, Yankl … tous les gens présents … les coups de gueule de mon bof (il tient du beau-père, y a pas de doute !)

… et me voilà (obligé) reparti, sur les basques de Seb Chaigneau et Ludo Pommeret qui viennent juste de passer. Impensable pour moi de m’accrocher vu mon état … le bof (encore lui) m’accompagne sur 50 mètres en me disant des mots doux … et c’est reparti … laborieusement. Petit à petit, je me rends compte que le rythme de Ludo et Seb n’est pas non plus insurmontable, et me voilà accrochés à leurs basques, entre 500 et 700m/h. Une petite tisane ascenseur au passage (j’aurai du emporter la carafe !!), une douche pour Seb … et çà repart. Sur le haut du col, il nous faut remettre les vestes avec le brouillard présent. Mon organisme semble aller mieux … mais au sommet, je ressens le besoin de faire une pause (là c’est le cerveau qui commande !) et je les laisse filer. Je prends peur !! Je sais que si je descends, je rentre dans Mafate … et que tout abandon est impossible sur les 50km à venir ! Pas d’assistance non plus … un gros doute s’installe … ”Allez mon gars, t’as pas le droit, t’es encore dans le coup !” … je repars, dans le bon sens … du moins celui de la course !! Me voilà donc seul, pour descendre vers Marla … où j’entends bien de nouveau faire une bonne pause … pour voir si çà démarre et si çà récupère ! Arrivé en bas, Seb et Ludo sont encore là ; ils sont en meilleur état que moi c’est sûr … mais bon … je me pose par terre. Sans rien faire. Les GB (Gentils Bénévoles) me proposent multiples remèdes … mais l’heure est au repos ! Ludo me lance une petite invitation pour repartir, mais je suis dans l’obligation de refuser (là c’est mon corps qui me l’impose !), alors que Seb se voit contraint à l’abandon sur une blessure contractée à la descente.

Les journalistes et photographes s’en donnent à cœur joie, mon faciès en dit long à priori !! Je finis par me ravitailler généreusement auprès des SGB (Supers Gentils Bénévoles), je vais me faire soigner une méchante inflammation à l’entre jambe, qui malgré les soins, me vaudra de courir à la Lucky Luke jusqu’à l’arrivée ! … ou du moins marcher … Malgré cette pause ”généreuse” une fois de plus, personne en vue à l’arrière : je rentre définitivement dans Mafate !! Je suis 6ème … mais défoncé ! … sur cette portion menant vers Trois Roches (section à dominante descendante), un sursaut d’orgueil, une lueur d’espoir, … je sais pas trop comment appeler çà, mais je me relance !!

sans forcer, je respecte à quelque chose près mes temps de passage !! 6ème à Trois Roches, où de nouveau je prends le temps de me ravitailler et de discuter avec Denis Boulé (maître d’œuvre de ce parcours dantesque !) qui m’encourage à poursuivre… ”je vais tenter de rallier l’arrivée désormais”’ … comme quoi, j’étais quand même conscient que c’était pas l’apothéose ! Traversée de la rivière des galets, 2-3 photos vite fait du superbe site que je n’avais même pas remarqué l’an passé (ce qui me vaudra un bel article dans la presse et des commentaires pas forcément flatteurs à la radio ! … ils me connaissent pas encore bien là bas !! Je reviendrai !! mais toujours avec mon APN …).

GRR 2009 : Trois Roches

Au moment de partir, j’aperçois Antoine qui revient. Vu ma forme, je sais qu’il va arriver assez vite … donc je m’avance. J’espère qu’il n’a pas cru que je ne voulais pas l’attendre, loin de là !

Sorti de Trois Roches, une bande de furieux m’encourage sur plus d’un km, à flanc de ravine ! Des connaissances du bof, qui habitent en plein Mafate !! Des fous y’en a pas que sur les sentiers !! Comme sur la section précédente … je maintiens le cap, mon corps et mon mental sont à peu près en harmonie, pas forcément au maximum de leur potentiel, mais çà avance … arrivée à Roche Plate … et là encore, il me faut savourer une bonne pause, un bon ravitaillement, sur les marches, idéalement placées.

C’est là qu’Antoine passe. Je lui précise alors qu’il ne faut pas compter sur moi pour un bout de chemin ensemble cette année … je suis en mode SURVIE … alors que lui est une fois de plus en mode MANGE GLOUTON !! Bravo Antoine pour cette régularité fulgurante !

Me voilà reparti pour une des plus grosses sections du Cirque de Mafate : Roche Plate-Grand Place, avec un peu plus de 10km, plus de 800m de d+ et davantage en négatif !

Du lourd, du très lourd !! Le départ et la grande descente, toujours laborieux, restent convenables … mais à l’amorce de la terrible Roche Ancrée, de nouveau plus d’essence !! Et ce n’est pas faute de me ravitailler pourtant ! Un vrai gouffre … je touche le fond ! Je suis obligé de m’arrêter à plusieurs reprises. Impossible de monter correctement … un vrai calvaire … l’envie d’aller au bout est encore présente (le mental est bon !), mais le corps m’impose une tout autre réalité !! Ca va pas !!

Tout mon GRR 2009 résumé dans ce passage !

GRR 2009 : final Roche Ancrée

Je finis par me monter au sommet (ne me demandaez pas comment ni en combien de temps !), et je trouve un très gentil groupe de SGB (voir plus haut), et je m’assois. Ils restent un peu désabusés, m’encourageant à descendre jusqu’au poste de ravitaillement ; 10′ en courant me disent-ils … on me la fait pas, non, je suis bien là, j’y reste ! On discute, je me repose … en fait je suis au plus mal !!! Impossible de dire combien de temps je suis resté là … mais je suis reparti, bien décidé à poursuivre … pour aller dormir à Grand Place !!!!
Et oui, il me faut encore me résoudre à l’évidence, mon corps refuse de me transporter correctement vers La Redoute, il me faut lui octroyer le repos dont il a besoin … aussitôt arrivé, je suis pris en charge par les infirmières, pour soigner mes irritations (devenues brûlures même) … et je demande alors à dormir. La scène doit être cocasse (pour les autres bien sûr !), car je demande qu’on me réveille au bout de 15′ je crois … mais au bout de15′, je demande de nouveau 15′ !! … puis une troisième fois !! … et là un seul et unique espoir apparaît : il me faut m’accrocher à Claude ou Seb pour poursuivre l’aventure, seul je ne m’en sens pas capable ; je m’informe de leur position, et demande à être réveillé pour leur arrivée ! … du coup je dors encore 15′ !!! Je me réveille. J’ai terriblement mal à l’entre jambe ; une infirmière a l’ingénieuse idée de découper au ciseau l’intérieur de mon short pour limiter les frottements ! La douleur reste là, mais finit Lucky Luke, le Lémurien est de retour ! Je me ravitaille, et voilà Seb qui pointe !!! Il est 26ème … donc moi aussi du coup ! Si je ne pars pas avec lui, je passe la nuit entière à Grand Place !!! sur le coup, je crois qu’il est un peu surpris, il est dans sa course … on fait le point sur la course par équipe, histoire de trouver (surtout pour moi) une motivation pour sortir de Mafate, et à priori, tout est jouable ! Nous sommes encore sur les bases de 26h à la Redoute.

GRR 2009 : Sortie Grand Place

Nous allons livrer une bataille sans merci dès lors !! le tandem T.Chambry / G. Lenormand sont partis 10′ avant nous de Grand Place ; équipiers de Ludo, ils sont donc des adversaires directs pour le classement par équipes (faut bien trouver une motivation !!) … en plus la pause m’a fait du bien, je retrouve un brin de forme ; le rythme de Seb me convient parfaitement ! Direction Aurère, et nous enchaînons plutôt bien les 4 montées, pour pointer 21 et 22ème, devant les ”verts”, mais sans les avoir doublés !! (explication plutôt cocasse dans le récit de T.Chambry, en fait Thierry Chambry et G. Lenormand se sont “attardés” à la boutique d’Ilet à Malheur …).

Nous conserverons un bon tempo jusqu’à Deux Bras … mais la lassitude, avec la nuit tombée, devient très forte … le mental à tendance à reprendre le dessus sur mon physique ”acceptable”. Nous commençons à marcher pas mal, même dans la rivière des galets … un chrono en 26h est toujours envisageable, mais çà fait bien longtemps que je ne me raccroche plus à un objectif temps … ni à un objectif place d’ailleurs, car vu par où je suis passé, l’objectif de rallier La Redoute est déjà un objectif raisonnable !! (Peut être un mental un peu faible ??).

Nous savourons le ravitaillement où notre Jeannot Passe Partout nous a trouvé un abri sous la tente des gendarmes, pour un ravito complet, une bonne soupe au goût de reviens-y, je récupère mon phare ULTRA BELT, et nous voilà en route pour la montée vers Dos d’Ane. Mes jambes sont en pas trop mauvais état, parfois l’idée de revenir dans le top 10 me traverse l’esprit, mais le mental ne suis pas, le ”confort” de la course à deux aux côtés de Seb est plus fort ! et puis si je suis là, c’est bien grâce à lui, donc nous ferons route ensemble jusqu’à St Denis !! Dans la montée, on revient encore sur 1 ou 2 coureurs, mais nous croisons plus d’accompagnateurs, pousseurs, … qui attendent un copain comme ils disent ! J’en souris … le Seb, lui, çà à plutôt tendance à l’irriter … c’est le folklore Grand Raid !! Nous parvenons, malgré une baisse de régime notoire, à Dos d’Ane Eglise, où je retrouve ma petite femme, mon bof, Annabelle, Enrique, Lorea … enfin des têtes connues !!

ils montent au Stade pour un arrêt plus conséquent, et nous continuons en marche rapide. Les séquences de course se font de plus en plus rare … mais chaque pas est un pas à faire en moins vers La Redoute !!! Ce qui est fait est fait (n’est-ce pas mon Roi Carotte ?) …

Dernière assistance. Les coups de gueule du bof sont loin désormais … les encouragements font du bien. Il nous reste 22km, quelques 600m de d+ et environ 1800m de d- … que nous ferons en 4h30 !! Interminable … même si nous étions capable de courir, je crois que le centre de commande était bloqué en position marche ! La certitude de boucler la traversée est là, mais quand ??? Seb est pris de sommeil. Il tente bien de trottiner par moments, mais en fait, je le suis sans trop de mal en marche rapide … sans le lui dire bien entendu pour ne pas le décourager ! On marque un arrêt un peu après le Piton Batard pour un caillou dans la chaussure à Seb ; j’en profite pour en faire de même, et lorsque je tourne la tête, ce dernier s’endort assis !! Je lui dis que nous ferons une pause dodo (je commence à m’y habituer) au Kiosque Affouche, à 15km de l’arrivée. Lorsque nous arrivons, les SGB (y en avait partout !!) sont très surpris, mais déplient leurs petits lits, sont aux petits soins … et nous permettent un repos de 5′, juste histoire de faire passer cette envie de dormir. Un bon ravitaillement et nous repartons … ce qui est le plus surprenant, c’est que malgré notre rythme de croisière, personne ne revient sur nous ! Nous repartons en trottinant (pour de vrai cette fois) sur la grande piste, puis la section par La fenêtre pour rallier Colorado sera plus longue de toutes !!

Peut être 1h15 ou plus pour les 5 malheureux kilomètres !! … même quand l’objectif temps ou place n’importe plus, l’objectif douche, arrivée, lit confortable est quand même présent !! Il faut que le calvaire se termine !!! … et malheureusement, j’aurai le temps de constater (mais pas la force de ramasser … mea culpa) que de nombreux déchets de gels souillent déjà les sentiers … sans commentaires, mais je tenais à le dire … Nous pointons enfin à Colorado, et nous terminons en terrain connu en 50′ … Sebastien ne cessera de gueuler (a peu près les seuls échanges que l’on a eu pendant 9heures tellement on a pris du plaisir !!) à chaque fois que ses pieds ont traîné par terre ou accroché une racine … nous avons partagé quelque chose de fort !! et on risque de s’en souvenir un moment

Il est 3h30 du matin, nous parvenons aux portes du Stade de la Redoute. Même pas possible de profiter de la dernière ligne droite avec ma femme, nous sommes obligés de courir, un coureur, le premier depuis près de 4 heures, se rapproche de nous … s’il fallait nous doubler, c’était bien avant Monsieur !!! mdrrr … nous en terminons, en 17ème et 18ème position, après 27h30 d’effort …

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